samedi 31 octobre 2015

Comment faire ? Première option

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 Faites comme si.


 Et appliquez ce précepte dès les premiers feux matinaux, lorsque la sonnerie de 06 : 05 vous cueille au cœur de votre sommeil - faites comme si vous n’aviez pas envie de rester au chaud, blotti sous les couvertures tièdes.
 Et levez-vous d’un bond.
 Vous avez la tête dans le sac ? Vous ne trouvez plus vos chaussons et ne pouvez éviter le contact désagréable de vos pieds nus sur le carrelage froid de la cuisine ? Faites comme si vous étiez frais et dispo, enthousiaste à l’idée d’une nouvelle journée de travail.

 Dans le métro, une entêtante odeur d’aisselles mal lavées agresse vos papilles olfactives (à moins que d’autres parties du corps soient au menu mais non merci, vous ne souhaitez pas en savoir davantage). On vous bouscule ; une masse adipeuse en imperméable brièvement entraperçue de dos et accusant à coup sûr plus d’un quintal sur la bascule vous écrase le pied sans sourciller - faites comme si vous n’aviez aucune envie de le traiter de gros lard.

 Debout faute de place dans le wagon, vous vous tenez d’une main à la barre métallique poisseuse. Le type qui fait la manche vous lance un regard mauvais du fait que vous n'ayez pas la moindre pièce à lui donner après qu’il vous ait interprété – à vous comme à tous les autres voyageurs de la rame – une affligeante version de « No satisfaction » des Stones. Il vous aboie littéralement dessus alors que ce n’est tout de même pas votre faute s’il n’est pas Mick Jagger !
 Faîtes comme si tout ça n’avait pas d’importance.

 Au boulot.
 La boite va mal, il se dit qu’une vague de licenciement se prépare. Tout le monde stresse à mort, il y a régulièrement la queue devant les chiottes. Faites comme si vous étiez en capacité de rester zen ; comme s’il ne pouvait rien vous arriver, comme si vous n’aviez pas de loyer à payer, de factures ni de découvert à la banque.

 Le soir, de nouveau seul dans le silence froid et mortuaire de votre appartement, faîtes comme si vos pulsions sexuelles attendront sagement le temps qu’il faudra pour que vous rencontriez une femme qui ait envie de partager votre couche.

 Faites comme si vous ne vous posiez aucune question existentielle, comme si rien ne vous atteignait vraiment. Vivez le présent comme s’il allait durer toujours et faites comme si vous ne mourrez jamais.

 Cependant, si vous avez le sentiment que cette posture s’avère au dessus de vos forces, sachez qu’une autre stratégie est possible.

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