lundi 28 mars 2016

Idole de sable

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 Joss a frappé le gros en directs du droit pleine gueule. Il lui a éclaté le nez, la bouche et le gros a pissé le sang ; Joss l’a plié en deux d’un uppercut au foie, le gros est tombé par terre et Joss l’a fini à coups de pompes dans le bide.
- Vas-y, Joss.
- Saigne-le !
 Il était comme ça, Joss. Il suffisait que quelqu’un le regarde d’une façon qu’il trouvait bizarre pour qu’il aille le voir.
- Qu’est-ce t’as, toi ?!
 Le plus souvent, Joss pétait la gueule du type qui l’avait regardé de traviole. Sans sommation et en pleine rue. Devant tout le monde. Nous les mômes du quartier, on adorait.
 Ça faisait comme un spectacle.
- Putain, la tafiole. Y s’est même pas défendu !
 Ça lui prenait la tête, à Joss. Il préférait de loin quand les types résistaient. Quitte à prendre un gnon ou deux, ça le dérangeait pas. Sinon il se plaignait que c’était trop facile. Ça pouvait nuire à sa réputation.
 Faut dire que personne n’avait sa chance contre Joss. C’était de loin le plus balaise : une masse qui devait se baisser pour passer sous la porte, avec des bras plus épais que des cuisses d’adulte. Et il s’entraînait pour être toujours plus fort. Même qu’il disait qu’un jour, il passerait professionnel. De quoi, j’ai jamais su - mais professionnel.

 Joss, c’était mon idole.
 Tous les deux, on habitait la même cité. Plus tard, je voulais devenir comme lui. Avec des bras, des épaules et des biceps de malade.
 Moi je m’appelle Noël, j’ai douze ans. Noël, c’est parce que je suis né un vingt-quatre décembre. Mes parents ne savaient pas comment m’appeler.

 J’ai continué à vouloir devenir comme lui jusqu’à ce qu’un matin, on apprenne que Joss s’était fait buter. La veille, une embrouille avait mal tourné à la sortie d’un bar. Un type avait sorti son flingue et lui avait déchargé dans le bide.
 Ça m’a fait drôle.
 C’était comme si tout ce à quoi je croyais était faux. A partir de ce moment, j’ai plus vu les choses pareilles. J’ai compris que Joss n’était pas le plus fort comme il le prétendait.
  Non. Finalement, c’était juste un de plus qui se la pétait.

Roi de sable
Idole de sable

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