« NOCES DE VERRE » est le premier titre d’une collection numérotée, intitulée « À lire et à relire », collection composée de courts romans ou recueils de textes libres et incisifs, destinés à être lus — et relus ! — d’une traite.
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| 62 pages - 5€50 |
1.
Ciel couvert, temps gris. Thierry
enfilait ses gants de jardin, quand il se souvint d’un détail :
aujourd’hui, c’était leur anniversaire de mariage. Et ce matin, au réveil, il avait complètement oublié de le souhaiter à Florence, sa femme. Il sentit comme un poids supplémentaire peser sur ses épaules. Déjà, la culpabilité de ne pas y avoir songé. Mais surtout, dans cette période pour le moins difficile, qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir lui dire ? « Bon anniversaire, ma chérie ! » Alors qu’ils croulaient sous les
problèmes jusqu’au cou ?! Non, il ne s’en sentait pas le courage. Pourtant — et il le savait —,
Florence était attachée à ce genre de détail. D’ailleurs, pour elle, cela n’en
était pas un. Il se promit d’y réfléchir. Pour
l’heure, il éprouvait le besoin, la nécessité de faire retomber sa
pression intérieure. D’habitude, tailler les haies du
jardin l’apaisait, lui vidait l’esprit. Mais aujourd’hui, cela ne fonctionnait pas. Il fallait bien qu’il trouve
quelque chose à faire pour cesser de ruminer. Cela faisait des jours et des
jours qu’il ne dormait plus que d’un œil ; pas moyen de trouver le sommeil
avant deux ou trois heures du matin. Et réveil à l’aube, anxieux et sur les
nerfs. Florence l’avait alerté à
plusieurs reprises : — À ce rythme-là, tu ne vas pas tenir le coup. Qu’est-ce qu’elle en savait ?! Enfin si, elle le connaissait
suffisamment. Elle le connaissait même par cœur, sur le bout des doigts. La vérité, c’est qu’il était à
bout. Se battre, toujours se battre. Et pour quel résultat ?! Rien. Le néant. C’était épuisant, à la longue, ce
sentiment de lutter contre le destin contraire. Si seulement il pouvait prendre congé de lui-même et de leurs problèmes, ne serait-ce que quelques heures ! Devenir un autre, sans affects ni boulets aux pieds ; il en rêvait. D’un coup, l’idée le traversa : et s’il se foutait en l’air ? Tout s’arrêterait. Et ses problèmes s’éteindraient avec lui. Qui le regretterait, à part sa
femme ? Louis, son fils ? Il n’était même pas certain qu’il se rende
compte de sa disparition. Autiste profond, Louis vivait
depuis des années dans une institution spécialisée. Il était leur fils unique,
au centre de leurs préoccupations. Et de leurs inquiétudes, aussi. Non, bien sûr. Il ne pouvait pas
faire ça. Jamais, il ne le ferait. Pas seulement parce que ce serait lâche. Il
était hors de question de laisser Florence seule, désemparée au milieu du gué. Florence. Il se souvint qu’il l’aimait.
Profondément. Non pas qu’il l’ait oublié, mais
ces derniers temps, les tracas l’avaient envahi au point de lui en avoir fait
oublier l’essentiel. Il était temps de réagir. De redevenir l’homme qu’il était : celui dont Florence était tombée amoureuse, un combattant qui refuse de baisser les bras. Thierry jeta son sécateur au
milieu de la pelouse. L’idée lui était venue sans qu’il ne la cherche, comme
une évidence. Avec Florence, il fallait reprendre le cours de leur existence,
quelles que soient leurs difficultés, leurs peurs. Et pour cela, fêter leur
anniversaire de mariage s’avérait incontournable. Et pas seulement le fêter, mais
marquer le coup. Avec panache ! |


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