Aujourd'hui, bref retour en arrière - une publication datant de quelques années -, avant de repartir vers de nouvelles aventures : découvrez LICHEN, une excellente revue de poésie en ligne.
Si le cœur vous en dit, vous pouvez passer par ici :
Fictions à lire en ligne, contes noirs et création d'images ; présentation de mes livres et questions futiles et existentielles (tous les articles sont classés dans la colonne de gauche)
Aujourd'hui, bref retour en arrière - une publication datant de quelques années -, avant de repartir vers de nouvelles aventures : découvrez LICHEN, une excellente revue de poésie en ligne.
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J'ai voulu me lancer à l'assaut de la planète Poésie et n'ai trouvé qu'une maison vide immense et vierge d’occupants seul signe de vie passée, des tableaux accrochés au mur, portraits d’illustres prédécesseurs mélange de jambe coupée, la fée verte au goût d'absinthe et les voyages en bateau, longs et interminables périples de Paris à Montevideo, la tête bandée, un vieux phonographe distille une voix au grésil d'outre-tombe, fantômes d'un temps aux mots envolés à travers les vitres cassées un peu partout, des bris de verre attention à ne pas se blesser aux arêtes coupantes du passé où sont les gens ? Quelqu’un me dit qu’ils sont partis regarder une série à la télé ou sur écran d’ordinateur L'imaginaire, désormais se sert sur un plateau avec pop-corn et biscuits secs tandis que l'on s'allonge au coin du feu, sur le divan ou sur son lit, sous la couette le confort a tout envahi et puisqu’il faut vivre avec son temps tant pis, j’irai voir Ailleurs |
Je cherche un recueil de poèmes
qui puisse changer ma vie car je voudrais être
un oiseau
une tige métallique reliée à
un accessoire
un tigre, une antilope
un touriste en route pour visiter
le soleil pendant la pluie
et rouler sous le ciel du mois de novembre
mil neuf cent soixante,
dans une décapotable
aux pneus lisses
ou vivre sous l’eau, les yeux ouverts
marcher sur le sable d’or
d’une plage préhistorique
cumuler l’enregistrement et le sillon d’un disque
rayé, soixante-dix-huit
tours et n’écouter que les paroles
en plein concert
d’un bonimenteur de banlieue
plonger entre les pages
et n’en plus sortir
La vie semble tellement plus simple
à l’intérieur d’un recueil
de poèmes
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| 23 |
Quand tu t'aperçois
que tout
ce que tu as fait,
tout ce pourquoi
tu t’es battu
n'aura servi à rien,
tu prends conscience de
ta condition
humaine
et pourtant,
si tout était à
refaire
tu referais
presque la même chose
–
tu te conduirais
de la même façon
à ceci près
ton unique recueil de
poésie
avec ton nom - ton nom
à toi, seul sur la couverture
un recueil édité à
cinquante exemplaires
sur papier vélin
quatre-vingt-dix
grammes
et cette fameuse
page vingt-trois où
la virgule s'avère
définitivement inopportune
cette virgule,
tu la supprimerais
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| Ceci n'EST PAS un Rembrandt |
On
l’appelait Rembrandt
mais en vérité,
ce
n’était qu’un peintre
du
dimanche
vingt
ans plus tôt, pour quelques sous
je
lui avais acheté un portrait
de
femme, assez mal
réussi
mais qu’à présent devenu vieux,
l’œil
rouge et humide,
Rembrandt
me réclamait
à
cor et à cri comme si
sa
vie en dépendait
Il
lui fallait absolument
me
le racheter, à n’importe
quel
prix
car j’ai aimé
cette
femme, me dit-il
éperdument
Elle
est morte à présent
et
je n’avais que cet unique
portrait
las,
je me souvenais
que
le portrait avait
inopinément
été
lacéré dans un déménagement,
suite à quoi je l'avais détruit
- ce que je regrettais,
aujourd'hui
mais
je
n’avais pas le cœur
de
lui avouer
la
vérité
Je
mentis,
prétextant
l'avoir vendu
lors
d’un vide-
greniers,
à un
rustaud
prompt en affaires
Depuis,
heurté
au
plus profond,
Rembrandt
erre d’un vide-
greniers
à un autre, fouillant
et
retournant
des
milliers de croûtes en vente
à
la recherche de ce portrait de femme
qui
n’existe plus
et
dans cette quête folle
et
sans espoir,
il
y a toutes les quêtes
du
monde
et
un peu
la mienne, aussi
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| Avant-dernier jour |
L'avant-dernier
est celui
de
grandes Choses,
la
rédemption
de
son âme
Tout reste possible
en cet avant-dernier jour
baigné de soleil et d’incertitude
Au petit matin,
Jésus qui redescend sur Terre
et la cavalerie arrive à temps
à Fort Alamo
une brèche dans l’espace-temps
et
nous voilà
on
pourrait dire
Maman
et entendre une voix
qui nous répond
de la
cuisine
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| Alcool |
Elle t’a demandé de rester deux
jours
sans alcool
et depuis, tu ressasses et te
répètes
en boucle ces deux jours
sans alcool
deux jours sans alcool, ce n’est
pas
plus difficile que deux jours
sur une plage
de sable fin
où les baigneurs musclés aux
peaux bronzées
s’affichent
entre les femmes souriantes à
demi nues,
allongées sur leurs
serviettes
alors qu’accroché là-haut
dans le coin bleu,
le tournesol céleste s’obstine
à caresser les corps
d’un souffle tiède
et lascif
oui mais toi
et ta peau blanche de rat de
bibliothèque – un endroit où
tu n’as plus mis les pieds depuis
la naissance
du Christ,
toi, seul dans la nuit noire
de ton univers aux volets clos,
tu n’as aucune envie de
t’aventurer
en territoire ennemi, isolé
et sans armure
qu’il s’agisse d’une plage de
sable chaud
ou de deux jours
sans alcool
ce serait prendre tous les
risques, traverser les rails
au petit bonheur, le soleil dans
les yeux
sans pouvoir mettre ta main
en visière, ni battre
des paupières
deux jours,
elle te l’a demandé comme un
acte
de bravoure
deux jours,
c’est si long
![]() |
| BANG ? |
et puisque rien ne se perd, tout se transforme
deviendrais-je
le son d’un instrument
de musique ?
ou juste un cri dans la nuit,
unique coup de révolver
dont la déflagration se perdra
en écho le long des murs
teintés à la chaux
comme un dernier message
qui ne voudra rien dire
sinon Adieu
aux armes
plus de munition
![]() |
| Sans paroles |
mais dans ton panier,
j’avais déposé mon cœur
et maintenant, d’autres
sont en train de jouer avec
ils se le lancent en riant,
par-dessus la palissade
aux bords coupants
leurs rires éteints,
il me faudra fouiller le petit bois,
les fougères et les taillis
jusqu’à la poussière et les gravats
pour espérer retrouver, parmi les décombres
mon cœur palpitant
qui bat encore
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| Opportunité ? |
Il ne m’est jamais rien arrivé
d’intéressant
sauf peut-être cette nuit
où le Tout-Puissant m’a visité
en rêve
pour m’interroger sur mon désir
d’immortalité
J’ai répondu d’accord
à condition
de ne pas me retrouver seul
sur une planète aride et déserte
pendant des millénaires
Il m’a dit
tant pis
pour toi
et je me suis réveillé
![]() |
| Plus personne ? |
À l’instant où une coupure d’électricité
plonge la ville, le pays
et peut-être même
l’Univers tout entier
dans l’obscurité,
le noir
intersidéral,
tu restes interdit,
debout
sur ton fil
d’équilibriste
tendu
à plus de cent cinquante mètres
du
sol, entre deux buildings
de
Manhattan et tu réalises
que
jamais personne
n’a
contrôlé ne serait-ce
qu’une
infime partie
de
quoi
que
ce soit
- et
que celui qui prétendrait le contraire
vienne
prendre ta place !
mais
cela
t’étonnerait