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dimanche 24 janvier 2021

QUAND J'ÉTAIS JEUNE, J'IGNORAIS QUE L'ÉTERNITÉ PASSERAIT SI VITE

Couverture janvier 2021 :

Couverture livre d'origine
Ave César !

Couverture actuelle :


Couverture livre seconde version
C'est pourtant vrai !



Lire « Quand j’étais jeune, j’ignorais que l’Éternité passerait si vite », décliné en quatre-vingt-un fragments entre humour et mélancolie, c’est se replonger dans l’Univers de ses vingt ans, ses certitudes et son urgence, celle de vivre ! Aimer et partager, jouir de l’instant et des plaisirs terrestres – et en renversant la table s’il le faut !

En seconde partie, « Quand j’étais vieux » – texte court et poignant - assène le point final de cet opus à la sensibilité à fleur de peau.


(ou après de moi si vous souhaitez un exemplaire dédicacé)

jeudi 27 décembre 2018

Quand j’étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (70)


Quand j’étais jeune, je croyais aux miracles.


J’y crois toujours - sauf qu’avant, je croyais à la possibilité d’un miracle quotidien.
A présent, je dirais plutôt que deux ou trois miracles dans une vie, c’est déjà beaucoup.

Homme soulevé par un oiseau
Miracle

Quand j’étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (69)


Quand j’étais jeune, j’aurais préféré avoir moins de cadeaux de Noël et que mes parents s’entendent mieux.

Plein de cadeaux sous le sapin
Cadeaux de Noël

vendredi 21 décembre 2018

Quand j’étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (68)


Quand j’étais jeune, je trouvais ça drôle les chiards qui, dans les galeries marchandes, hurlaient à la mort, rouges écarlates et la morve au nez, en tirant de toutes leurs forces dans le sens opposé de leurs malheureux parents – eux-mêmes le plus souvent dépassés et honteux du spectacle offert à leurs dépends.
Je trouvais ça drôle, oui.
Jusqu’au moment où j’ai moi-même été jeune parent.

Gamin capricieux
Caprice

Quand j’étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (67)


Quand j’étais jeune, je croyais que l’on pouvait changer le monde avec une feuille et un stylo.
C’est faux.
Il faut au moins un clavier et un écran.

Bateaux en papier sur l'océan
Changer le Monde

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite: Le temps passe et nous emporte dans ses bagages (alors que nous ne lui avions rien demandé !) eBook : SCILIEN, Eric: Amazon.fr: Boutique Kindle

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (66)

Quand j’étais jeune, la première fois que j’entendis parler d’un « Roi sans couronne », ce fut à propos de Paul Kérès, un joueur d’échecs.
Paul Kérès est né en Estonie en 1916. En 1940, l’Estonie est envahie par l’URSS de Staline, ainsi que le prévoyaient les accords secrets du pacte germano-soviétique de 1939.
L’année suivante (le 22 juin 1941), c’est l’opération Barbarossa : Hitler attaque à l’est sans préavis. Trois millions de soldats allemands déferlent simultanément sur une ligne de front partant du nord de l’Allemagne au sud de la Roumanie. En Estonie, les envahisseurs changent de nationalité ; ils ne sont plus soviétiques mais allemands.
Kérès choisit de continuer à jouer aux échecs sous l’occupation allemande. Cela lui vaudra d’être emprisonné par l’armée rouge à la fin de la guerre – un moindre mal dans la mesure où il aurait dû être fusillé. Boris Spassky (Champion du monde des échecs de 1969 à 1972) dira : « Pour moi, c’est un mystère comment Kérès a pu survivre en 1945. » Plusieurs personnes auraient intercédé en sa faveur auprès des plus hautes instances - dont Mikhaïl Botvinnik, autre champion des échecs.
L’Estonie étant intégrée au sein de L’URSS, Paul Kérès devient citoyen soviétique. D’abord exclu des compétitions, il finit par intégrer l’équipe nationale où figurait déjà un certain… Mikhaïl Botvinnik.
Botvinnik dit lui-même avoir été « exempté de l’obligation de servir dans l’armée » pendant la seconde guerre mondiale – trop important, trop précieux pour cela. Viatcheslav Molotov, celui à qui Staline a demandé d’annoncer l’attaque allemande dans la nuit du 21 au 22 juin 1941, le formulera clairement : « Il est absolument nécessaire de maintenir le camarade Botvinnik prêt pour jouer aux échecs. »
Vient le tournoi des candidats de 1948 pour le titre de champion du monde. Au cours d’un match décevant émaillé d’erreurs de part et d’autre, Kérès est battu par Botvinnik. Personne ne reconnait le style d’ordinaire si fougueux et brillant de Paul Kérès. Botvinnik est sacré Champion du monde.
Par la suite, Kérès échouera toujours sur l’avant-dernière marche (le tournoi des candidats) dans sa quête pour le titre suprême, battu à chaque fois par le futur Champion du monde (Smyslov en 1953 et 1956, Tal en 1959 et Petrossian en 1962).
Desservi par les circonstances ou victime de malchance, Paul Kérès restera le « Roi sans couronne » du monde des échecs. Il est décédé le 5 juin 1975 (à l’âge de 59 ans) d’un infarctus à l’aéroport d’Helsinki.

Timbre Paul Kérès
Paul KERES


mercredi 19 décembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (65)


Quand j’étais jeune, la fable de la grenouille et du scorpion m’avait marqué au point que je l’ai gardée en mémoire.
La voici :
Un scorpion demande à une grenouille de le porter sur son dos pour traverser une rivière. Voyant à qui elle a à faire, la grenouille commence par refuser.
« Pas question, j’ai bien trop peur que tu me piques ! »
« Pourquoi ferais-je ça ? Si je te pique, nous coulerons tous les deux et je mourrai avec toi. »
La grenouille finit par se laisser convaincre et accepte d’emmener le scorpion sur son dos.  Commence alors la traversée. Tout se passe bien jusqu'au milieu de la rivière. Le scorpion pique alors mortellement la grenouille. Juste avant de mourir, celle-ci se retourne vers le scorpion :
 « Mais pourquoi m'as-tu piquée ?! Tu vas te noyer toi aussi ! »
Et le scorpion de lui répondre :
« Désolé mais ça a été plus fort que moi. Je n’y peux rien, c’est ma nature. »
Et ils moururent tous les deux.

Et vous, de qui vous sentez-vous le plus proche ? De la grenouille ou du scorpion ?

Un scorpion et une grenouille
La grenouille et le scorpion

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (64)


Quand j’étais (encore) jeune, après la chute du Mur de Berlin (en 1989), a été révélé ce dont tout le monde se doutait : les athlètes est-allemands (et est-allemandes) se dopaient aux stéroïdes anabolisants, d’où les épaules de décathloniennes et les signes de virilisation des nageuses. Ce que j’ignorais, c’est qu’il s’agissait d’un dopage d’Etat. Autrement dit, un dopage à l’insu des athlètes.
Vint le temps des témoignages. Celui des dégâts causés par le dopage : fausses couches, naissance d’enfants handicapés ou malformés, problèmes de santé multiples.
Morts prématurées.
Les athlètes qui avaient perdu face à des concurrents dopés pouvaient s’estimer lésés, tout comme ceux et celles qui avaient subi ce traitement à leur corps défendant. Un peu comme si tout le monde avait été perdant – sauf l’Etat concerné, la RDA.
Qui n’existe plus.

Statue de Lénine
Allemagne de l'Est



mercredi 12 décembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (63)


Quand j’étais jeune et que je regardais les Jeux Olympiques à la TV (Munich 1972 et Montréal 1976), je me souviens avoir pensé que ça devait être dur, de finir toujours deuxième.
Non, je ne songeais pas à Raymond Poulidor mais à la nageuse américaine Shirley Babashoff – médaille d’argent sur 100 et 200 m nage libre à Munich et encore médaille d’argent quatre ans plus tard sur 200, 400 et 800 m nage libre.
Dur, oui. D’autant qu’à Montréal, elle avait été battue par des allemandes de l’Est (ex-RDA) et qu’à l’époque, les performances des athlètes de ce petit pays d’à peine 17 millions d’habitants nourrissaient de fortes suspicions de dopage.
Et puis j’ai réalisé qu’il y avait bien  pire dans la vie que terminer deuxième d’une compétition aux Jeux Olympiques.

Shirley BABASHOFF
Shirley Babashoff

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (62)


Quand j’étais jeune, je n’ai jamais cru une seconde que l’argent était le plus important.
Peut-être parce que je n’en avais pas.

Brûler un billet pour allumer un cigare
Riche

dimanche 9 décembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (suite du n°60)


Puisque vous la souhaitiez, voici la suite de la nouvelle inachevée « Atchoum ! » (le n°60) – et donc le « 60 bis » créé spécialement pour vous (ci-dessous l’histoire en entier).
Bonne lecture (et surtout bon appétit !)

« Atchoum ! »


La journée, Monsieur Guérin travaillait aux écritures. De longues et fastidieuses journées qui démarraient tôt et finissaient à la nuit tombée, avec une brève coupure pour la pause-déjeuner. Monsieur Guérin faisait comme les autres, il amenait sa gamelle et mangeait froid (plus tard, le Front populaire améliorerait la condition des travailleurs mais nous n’en étions pas encore là).Sitôt son labeur terminé, Monsieur Guérin évitait de repasser par sa chambre mansardée, quartier Belleville. Il prenait le chemin de la gargote où il avait ses habitudes, un établissement aux vitres embuées par la fumée des cigarettes. On y servait un repas ouvrier copieux et bon marché, quoi qu’un peu gras.
C’était un endroit sans manières où les clients étaient priés de s’asseoir les uns à côté des autres, formant de longues tablées comparables à celles d’une cantine de bas étage. La grosse serveuse rougeaude déposait les litrons de rouge à volonté sur les tables. Elle avait ses têtes et s’il lui arrivait de donner du rab, elle ne les octroyait qu’à celles-là.
Sitôt installé, Monsieur Guérin avait noué sa serviette autour de son cou. Il avait beau être maigre comme un clou, il avait de l’appétit. Sans qu’aucun mot ne soit échangé, la rougeaude avait déposé une assiette fumante de hachis Parmentier (fait avec les restes de la semaine) devant lui et Monsieur Guérin s’apprêtait à goûter le seul véritable plaisir de sa journée quand son voisin de droite, un lourdaud massif aux yeux porcins, éternua en plein dans son assiette.
- Excusez-moi ! bredouilla l’autre la goutte au nez.
Avant d’éternuer encore – et toujours en plein dans l’assiette de Monsieur Guérin. Suite à quoi le lourdaud aux yeux porcins éclata d’un rire luciférien.

Un instant, Monsieur Guérin demeura interdit devant tant de grossièreté. Indigné, les mots lui manquaient.
- Vous pourriez faire attention ! finit-il par murmurer.
- Hé quoi, bonhomme ? Vous n’allez pas me faire un procès pour quelques postillons. Et si vous n’en voulez plus, j’ai encore faim moi ! ironisa le lourdaud en découvrant une rangée de dents noires.
« Ainsi donc, le fait d’éternuer dans mon assiette n’était pas accidentel. Non, cette vilénie relevait d’un stratagème. Quel ignoble personnage ! » songea Monsieur Guérin.
Un autre que lui aurait immédiatement demandé réparation. Mais étant de constitution fragile, Monsieur Guérin ne faisait pas le poids face à la masse du lourdaud - il ne le savait que trop.
Alors que faire ? Ingurgiter cette nourriture souillée comme si de rien n’était ? Se draper dans sa dignité, sortir sans toucher à son assiette pour rentrer le ventre vide ? A peine commencée, l’autre lui avait gâché sa soirée – sans que Monsieur Guérin ait pourtant rien fait pour mériter cela. Cette injustice le révoltait intérieurement. Pourquoi fallait-il toujours que chacun s’efforce de tirer la couverture à lui, au mépris de l’intérêt des autres hommes ?
Monsieur Guérin en était là de ses réflexions quand, manifestement frigorifié, un pauvre bougre aux airs de chien battu prit place à côté de lui. Monsieur Guérin crut se souvenir l’avoir vu mendier au coin d’une rue. Sans attendre, la rougeaude lui apporta à lui aussi son assiette de hachis Parmentier (fait avec les restes de la semaine). Comme le malheureux ne faisait pas partie des habitués, son assiette était un peu moins copieuse.
Voyant cela, le timide Monsieur Guérin se sentit pris d’une inspiration subite :
- Il semblerait que vous soyez moins bien servi que nous, mon brave. Tenez, prenez mon assiette – je me contenterai de la votre ! Vous avez davantage besoin que moi de reprendre des forces.
Et ce disant, il échangea d’autorité les deux assiettes.
- Dieu vous bénisse, Monsieur ! rétorqua l’homme aux airs de chien battu.
Mais déjà, Monsieur Guérin ne l’écoutait plus – bien trop occupé à faire honneur au hachis Parmentier (fait avec les restes de la semaine).

Un mendiant
Mendiant

samedi 8 décembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (61)


Quand j’étais jeune et tout entier empreint d’un sentiment d’Éternité, je ne comprenais pas que l’on puisse tomber en pâmoison devant un coucher de soleil.
A présent, j’apprécie de plus en plus les couchers de soleil.

Coucher de soleil
Coucher de soleil                         


Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (60)


Quand j’étais jeune, je démarrais l’écriture de quantité d’histoires sans toujours les finaliser. J’entretenais l’idée de les reprendre plus tard.
Comme celle-ci qui pourrait s’appeler « Atchoum ! »

La journée, Monsieur Guérin travaillait aux écritures. De longues et fastidieuses journées qui démarraient tôt et finissaient à la nuit tombée, avec une brève coupure pour la pause-déjeuner. Monsieur Guérin faisait comme les autres, il amenait sa gamelle et mangeait froid (plus tard, le Front populaire améliorerait la condition des travailleurs mais nous n’en étions pas encore là).
Sitôt son labeur terminé, Monsieur Guérin évitait de repasser par sa chambre mansardée, quartier Belleville. Il prenait le chemin de la gargote où il avait ses habitudes, un établissement aux vitres embuées par la fumée des cigarettes. On y servait un repas ouvrier copieux et bon marché, quoi qu’un peu gras.
C’était un endroit sans manières où les clients étaient priés de s’asseoir les uns à côté des autres, formant de longues tablées comparables à celles d’une cantine de bas étage. La grosse serveuse rougeaude déposait les litrons de rouge à volonté sur les tables. Elle avait ses têtes et s’il lui arrivait de donner du rab, elle ne les octroyait qu’à celles-là.
Sitôt installé, Monsieur Guérin avait noué sa serviette autour de son cou. Il avait beau être maigre comme un clou, il avait de l’appétit. Sans qu’aucun mot ne soit échangé, la rougeaude avait déposé une assiette fumante de hachis Parmentier (fait avec les restes de la semaine) devant lui et Monsieur Guérin s’apprêtait à goûter le seul véritable plaisir de sa journée quand son voisin de droite, un lourdaud massif aux yeux porcins, éternua en plein dans son assiette.
- Excusez-moi ! bredouilla l’autre la goutte au nez.
Avant d’éternuer encore – et toujours en plein dans l’assiette de Monsieur Guérin. Suite à quoi le lourdaud aux yeux porcins éclata d’un rire luciférien.
                                    
Je me suis toujours demandé comment allait réagir Monsieur Guérin.
Je me le demande encore.

Gargote, tableau du XIXe
Une gargote

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (59)


Quand j’étais jeune, au début des années soixante-dix (mes années collège), une époque où le papier était roi et l’ordinateur individuel un fantasme de science-fiction, un garçon de ma classe ramenait des magazines Playboy qu’il sortait sous le manteau à la récré (il disait les dérober à son beau-père).
Il ne les montrait qu’à ses copains.
Il va sans dire que je suis rapidement devenu un de ses meilleurs amis.

Lapin play-boy
Playboy

lundi 3 décembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (58)


Quand j’étais jeune, la réincarnation m’apparaissait comme une hypothèse crédible.
Moi, je ne voudrais pas renaitre en peau de tambour
Où l’on me taperait dessus toute la journée !

Le tambour

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (57)


Quand j’étais jeune, seul la nuit dans le noir de ma chambre, je faisais des vœux.
Pour savoir s’ils allaient se réaliser, je me disais : « Si je compte dix et que je n’entends aucune voiture passer dans le lointain, alors mon vœu se réalisera ! »
Et j’y croyais.

Faites un vœu

jeudi 29 novembre 2018

Quand j'étais jeune, j'ignorais que l'Éternité passerait si vite (56)


Quand j’étais jeune, je suis monté plusieurs fois dans la voiture de Fangio* en culottes courtes. L’un d’eux m’avait inspiré ce court récit (resté inédit) et qui pourrait s’appeler « Quarante-sept secondes » (ou « Cojones ! »)

* Juan Manuel Fangio, sacré plusieurs fois champion du monde en Formule 1 dans les années cinquante

Quarante-sept secondes


- Attends ! C’est rien, là. Tu sais ce que je fais sur l’autoroute ? Hein, tu veux que je te dise ? Tu sais ce que je fais ou pas ?!
Il était comme ça, Johnny. Volubile. En réalité, je le connaissais à peine. De lui, je savais seulement qu’il était l’heureux propriétaire d’une petite bombe de marque italienne. Et qu’une réputation de dingue du volant lui collait à la peau. Ce jour-là, j’avais un rendez-vous à l’autre bout de la ville et j’étais en retard. Johnny avait proposé de m’emmener, j’avais accepté – première erreur. D’autant qu’il m’avait assuré qu’avec lui, je serai à l’heure.
« Impossible ! », je lui avais dit.
Seconde erreur.
« Tu paries ? »
J’avais failli faire dans mon froc mais j’étais arrivé à l’heure.
- Bon alors ? Tu veux que je te le dise ou pas ce que je fais quand je me lance des défis ?
Je m’en foutais complètement mais Johnny ne m’avait pas lâché.
- La nuit, je prends l’autoroute. D’abord je roule tranquille, cent quarante, cent cinquante. J’attends d’être sur une ligne droite, tu vois. Qu’il n’y ait personne devant moi. Et là, je ferme les yeux et j’écrase l’accélérateur. Ma parole, je garde les yeux fermés, pied au plancher et je compte dans ma tête. Un… deux… trois…
- Mais t’es dingue ! que je lui avais dis.
- Non. J’ai des couilles, c’est tout. Parce qu’il suffit pas d’avoir de la gueule, il faut le prouver ! La dernière fois, tu sais jusqu’à combien j’ai tenu ?
Je n’avais aucune envie de le savoir mais il a fallu qu’il me le dise quand même.
- Quarante-sept. Quarante-sept secondes, mon pote ! Ma parole, quand j’ai rouvert les yeux, deux camions me barraient le passage ! L’un était en train de doubler l’autre et je fonçais droit sur eux. Plus le temps de freiner, j’ai donné un coup de volant sur la droite et je suis passé à deux cent sur la bande d’arrêt d’urgence en ripant sur le rail de sécurité, ça faisait des étincelles et tout, c’était chaud bouillant mais je suis passé ! J’ai prouvé que j’avais des couilles !
J’ai envisagé de lui objecter qu’il y avait bien d’autres façons de se le prouver – moins dangereuses et plus agréables – mais Johnny était le genre de type à toujours vouloir le dernier mot, à s’y accrocher comme un chien à son os alors je lui ai laissé et je suis parti.
De loin en loin, je l’ai encore aperçu ici ou là, au train de claironner au comptoir d’un troquet, à se vanter de je ne sais quel exploit irresponsable.
Puis d’un coup, Johnny a comme disparu de la circulation.
Peut-être avait-il réussi à battre son record, ces fameuses quarante-sept secondes.
Je n’ai jamais su.

Quarante sept secondes ou...


dimanche 25 novembre 2018

Quand j'étais jeune (55/100)


Quand j’étais jeune, j’ai eu une période où j’ai assidûment pratiqué le Ouija (le Ouija est une petite planche sur laquelle figurent les lettres de l’alphabet, les chiffres de 0 à 9, « Oui », « Non » et « Au revoir »). C’est un support censé permettre la communication avec les esprits. Dans une version simplifiée, il suffit de prendre un verre, le retourner à l’envers sur une table ou une surface plane, inscrire les lettres de l’alphabet sur une feuille avant de les découper et les positionner en cercle autour du verre. Tous les participants effleurent le verre du bout du doigt et assez vite, le verre se met à bouger. Le dialogue avec l’au-delà peut commencer.
Certains vous assureront que ce sont les participants qui, par des mouvements inconscients (« l’effet idéomoteur »), font bouger le verre. Je n’y crois pas pour la bonne raison que j’ai connu des séances où le verre se déplaçait tellement vite qu’il était impossible de maintenir son doigt dessus.
Quant à savoir quelle force obscure fait se mouvoir le verre – une âme en peine qui n’aurait pas trouvé le chemin du repos ? Un esprit malin ? Lucifer ? - je suis incapable de le dire.
Je me souviens que selon le verre, j’avais vécu une vie antérieure à Granville (en Normandie), à la fin du XIXème siècle.
Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de me rendre à cet endroit le temps d’un week-end.
Je n’ai rien reconnu.                                                                        
A bien y réfléchir, ce n’est pas si étonnant : depuis la fin du XIXème siècle, Granville a certainement beaucoup changé.

Le Ouija

vendredi 23 novembre 2018

Quand j'étais jeune (54/100)


Quand j’étais jeune, quelque part au mitan des années soixante-dix, j’avais le sentiment que tous les vieux avaient échoué – échoué à faire de notre monde un univers de justice, d’égalité et de fraternité.
Heureusement, nous les jeunes générations allions prendre les choses en main.

Sans titre


mardi 20 novembre 2018

Quand j'étais jeune (53/100)


Quand j’étais jeune, je me disais que jamais je ne pourrai…
Finalement si.
Je pouvais.

Jamais je ne pourrai...