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Bookless editions - Maison d'édition
Fictions à lire en ligne, contes noirs et création d'images ; présentation de mes livres et questions futiles et existentielles (tous les articles sont classés dans la colonne de gauche)
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| À découvrir ! |
Existe-t-il vraiment « une recette » pour vendre ses livres ?
À travers cette histoire, j'ai voulu aborder le thème de l'autoédition et ses promesses. En littérature comme dans bien des domaines, la concurrence est féroce. Nous sommes dans une époque de "profusion", où l'offre est bien supérieure à la demande.
Dans ce contexte, quantité de manuscrits de valeurs restent échoués à quai, refusés par les éditeurs.
L'autoédition est une porte de sortie comme une autre, une manière de survivre, de donner vie à son rêve, malgré tout. Mais quant à la difficulté de trouver des lecteurs (devrais-je dire : lectrices ?) - elle reste entière.
Ce qui ouvre grand la porte à tout un business autour de l'autoédition.
0.99 € en e-book et 8.99 € en papier
Vous pensiez avoir fait le plus dur : trouver un éditeur pour ce roman que vous avez mis des années à concevoir, écrire, peaufiner.
Vous le pensiez vraiment.
Une fois publié, vous étiez sûr(e), certain(e) qu’il allait très vite grimper au sommet du classement des meilleures ventes — et s’y installer pour longtemps !
Mais non. Rien ou presque, sinon un vague succès d’estime auprès de vos proches.
En gros, vos droits d’auteur vous ont rapporté de quoi vous offrir un repas à la cafétéria du coin. Sans vin ni café.
C’est un premier cas de figure.
En voici un second : malgré tous vos efforts (et une petite fortune dépensée en photocopies et frais postaux), vous n’avez pas réussi à trouver d’éditeur. Du coup, tel un navire échoué à quai avant même d’avoir pu prendre la mer, votre roman – ce roman auquel vous tenez tant -, achève sa brève existence dans l’un de vos tiroirs.
Troisième possibilité : faute d’éditeur, vous avez relevé le défi de l’autoédition. Alors, oui - c’est vrai : autopublier un livre, aujourd’hui, c’est facile. Mais le vendre, c’est une autre paire de manches !
Sur le net, les soi-disant « astuces marketing pour ton livre autoédité » ne manquent pas. Mais outre le fait de devoir investir financièrement, en pratique, les résultats demeurent souvent timides. Loin des promesses affichées.
Dites-vous que vous n’êtes pas seul(e).
À ce qu’il paraît, la moitié des Français rêverait d’écrire un roman.
Un million et demi d’entre nous auraient franchi le pas — et finalisé un manuscrit, proposé ensuite à un éditeur.
Pour quel résultat ?
Une lettre-type de refus pour l’immense majorité.
En réalité, seule une poignée d’écrivain(e)s réussit à tirer leur épingle du jeu. Pour savoir qui ils (ou elles) sont, ce n’est pas compliqué : il suffit de franchir la porte d’une librairie. Ils sont tous là, en évidence sur les tables et les rayonnages, bénéficiant d’un maximum de visibilité.
La plupart sont publié(e)s par de grosses écuries éditoriales (en sachant qu’en librairie et sauf exception, il n’y a aucune chance d’apercevoir ne serait-ce qu’un exemplaire d’un auteur (ou autrice) autoédité).
Il n’y a pas de place pour tout le monde dans l’univers littéraire.
Et pourtant, écrivain(e) « mondialement inconnu(e) » ou pas, pour celui ou celle qui a décidé de faire de la littérature son cheval de bataille, il faut continuer, surmonter la déception, voire l’échec – continuer à écrire, créer.
Malgré tout.
Ce manuel de survie s’adresse à tous les écrivains, écrivaines, confirmé(e)s ou débutant(e)s, auteurs inconnus qui peinent à trouver leur place dans la jungle de la planète littérature. Car c’est bien d’une jungle dont il s’agit !
Davantage que des conseils ou des techniques – et sans jamais perdre le sens de l’humour -, chacun y trouvera des pistes de réflexion, voire d’introspection avec, comme fil conducteur, la volonté d’analyser pour évoluer et progresser pour réussir.
Parce qu’écrire, c’est bien.
Écrire et être lu, c’est encore mieux.
Alors n’hésitez pas et faites l’acquisition de votre « Manuel de survie à l’usage des écrivain(e)s mondialement inconnu(e)s » pour seulement 8€ 99 !
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| Méthode 100% fonctionnelle ! |
Votre problème, c’est qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée. Et que vous débordez de choses à faire — de projets et de coups de fil à passer, d’obligations à honorer. Oui, vous cherchez à optimiser votre organisation personnelle. Et pour cela, vous êtes au bon endroit.
Si vous suivez les préconisations de ce livre, vous réduirez le temps perdu et gagnerez en efficacité — et en efficience. Vous vous donnerez ainsi les meilleures chances d’atteindre vos objectifs.
L’idée centrale de cet ouvrage tient au fait que c’est VOUS – ET VOUS SEUL — qui allez fixer vos seuils de progression. Bien sûr, il n’est pas question de gravir l’Everest en une seule enjambée. Il s’agira de procéder par paliers.
À condition de vous en tenir à ce à quoi vous vous engagerez, vous obtiendrez des résultats, certifiés à 100%.
En pratique, tout le monde pourrait utiliser cette méthode, une méthode que je pourrais qualifier « d’autodétermination » (pour mémoire, l’autodétermination est « le fait de déterminer son propre avenir »).
C’est pourtant loin d’être le cas.
Pourquoi ? Je vais vous le dire.
Parce qu’il n’y a rien de magique dans cette méthode. Que du rationnel. Et la plupart des gens rejettent ce qui est rationnel. Ils veulent de l’immédiat, de la formule magique. La potion qui, en un tournemain, réduit leurs problèmes en cendres et mauvais souvenirs.
C’est humain. Je me surprends moi aussi, régulièrement, à nourrir ces mêmes attentes.
Dans ce livre, vous ne découvrirez pas de formule ancestrale qu’il vous faudra répéter sept fois, à la pleine lune, pour obtenir des résultats probants.
Vous découvrirez une méthode universelle qui fonctionne à coup sûr, aussi bien dans l’univers personnel que professionnel.
Toute la question est de savoir si vous souhaitez VÉRITABLEMENT optimiser votre organisation personnelle. Oui, vous le voulez, mais le voulez-vous VRAIMENT ? Ou souhaiteriez-vous que les choses se fassent d’elles-mêmes, sans que vous ayez à vous employer ?
- Ma chérie, tout va
bien ?
Pas de réponse.
Andreas posa la main sur la poignée et
l’actionna doucement. Ainsi qu’il le pressentait, la porte était verrouillée de
l’intérieur. Il crut distinguer des sons étouffés, comme des gémissements.
Ou des pleurs.
- Steffi, s’il te plaît !
Tu veux bien m’ouvrir ?
- Laisse-moi ! cria une
voix de femme.
- D’accord, ne t’énerve pas.
Je vais attendre.
Andreas faillit ajouter « que tu te calmes » mais cela n’aurait fait que décupler la
hargne et le désespoir de sa compagne. Il se félicita de ne pas avoir laissé
échapper ces mots. Mince victoire. Il s’adossa contre le mur du couloir et se
laissa glisser jusqu’à se retrouver assis, cul par terre.
Voilà.
Attendre.
Il ne lui restait plus que ça à faire.
Pas besoin d’être devin pour deviner la cause
de ce désespoir soudain.
Le test de grossesse.
Négatif à tous les coups.
Ça devenait un vrai problème. Depuis que
Steffi s’était mise en tête d’avoir un enfant, chaque mois, la tension montait
d’un cran. Jusqu’où cela irait-il ?
Bien sûr, lui aussi était déçu. Mais il était
convaincu qu’il suffisait de se montrer patient. Il n’y avait aucune raison
pour que Steffi ne finisse pas par tomber enceinte.
Ce qui l’ennuyait davantage, c’était d’être obligé d’attendre sans rien pouvoir entreprendre. Alors qu’il avait tellement de choses à faire !
Au bout de vingt minutes, n’y tenant plus, il
tenta une nouvelle approche :
- Steffi ? Steffi, tout
va bien ?
- MAIS TU COMPRENDS LE
FRANÇAIS, OUI OU NON ? LAISSE-MOI, JE TE DIS !
Le ton lui ôta toute velléité de discussion.
Il retourna s’asseoir par terre, contre le mur.
Quand la porte des toilettes s’ouvrit enfin,
au bout d’un temps qui lui parut interminable, Steffi avait le visage ravagé de
larmes.
- Steffi, mon amour…
- Laisse-moi. S’il te plaît,
laisse-moi ! Tu ne comprends pas que j’ai besoin d’être seule ?
Elle disparut dans leur chambre. Il était inutile d’insister.
Le lendemain matin au petit-déjeuner, ni l’un
ni l’autre ne revint sur cet épisode et chacun vaqua à ses occupations.
La journée se déroula sans fait notable. Mais
en soirée, alors qu’installé à son bureau, Andreas travaillait à la préparation
de ses cours, Steffi vint le trouver avec cette expression un peu vindicative
qu’il ne lui connaissait que trop bien.
- Je peux te parler ?
- Bien sûr. Je t’écoute.
- J’ai quelque chose à te
demander.
Elle restait debout dans l’embrasure de la
porte, manifestement hésitante sur la façon d’aborder le sujet.
- Ce n’est pas facile pour
moi…
Ces précautions inhabituelles ne manquèrent
pas d’alerter Andreas – Steffi était du genre rentre-dedans. Tourner autour du
pot ne lui ressemblait pas.
- Si tu me disais de quoi il
s’agit ? murmura-t-il, vaguement inquiet.
- Je voudrais que tu prennes
ceci.
Elle lui montra l’objet dont il était
question. Ça tenait entre le pouce et l’index, elle le lui donna.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Un cilice.
- Excuse-moi, mais je vois
juste un caillou.
Un caillou, oui. Un caillou tout ce qu’il y
avait de plus banal. Un vulgaire caillou.
Andreas la dévisagea sans comprendre.
- Qu’est-ce que tu veux que
je fasse avec ça ?
- Je voudrais que tu le
mettes dans ta chaussure. Au moins deux heures par jour.
Comme il continuait de la dévisager sans
comprendre, hébété, elle poursuivit :
- Je sais, c’est
irrationnel. C’est peut-être même complètement stupide. Mais je me suis mis en
tête que si je n’arrivais pas à être enceinte, c’est parce que nous vivons de
façon trop égoïste, sans nous préoccuper des autres ni de la misère d’autrui.
Je ne sais pas comment l’exprimer mais… j’ai le sentiment qu’il faut que nous
fassions quelque chose pour les autres. Pour le monde qui nous entoure, tu
comprends ? Quelque chose de bien. De beau.
Andreas l’écouta sans l’interrompre.
Oui, bien sûr il comprenait. Il comprenait
surtout que de nouveaux ennuis pointaient à l’horizon. De ceux dont Steffi
avait le secret.
- Tu peux m’expliquer le
rapport avec ce caillou ?
- Accepter ce cilice, c’est
participer à la souffrance du monde. C’est aussi une façon de la soulager.
- Tu n’es pas
sérieuse ?
- Je ne l’ai jamais autant
été.
Il réprima une grimace.
- Tu plaisantes, hors de
question que je mette délibérément un caillou dans ma chaussure !
- Andreas, écoute-moi. Il
n’est pas question de t’y obliger. Déjà parce que j’en serais incapable,
ensuite parce que ça doit venir de toi. J’ai besoin que tu m’aides de ton plein
gré, tu comprends ? Je n’en peux plus de vivre avec tout ce fric, cette
opulence…
- Attends Steffi, je ne peux
pas te laisser dire ça. D’accord, nous vivons à notre aise, sans problème de
fin de mois. Mais à t’entendre, on dirait que nous sommes riches à
millions ! C’est loin d’être le cas. Nous faisons partie de la classe
moyenne supérieure, sans plus.
- Mais Andreas, tu
t’entends ? Ouvre les yeux et regarde autour de toi ! Tu viens d’une
famille friquée. Tes parents t’ont payé tes études sans que tu aies besoin de
lever le petit doigt pour participer à leur financement. À présent, tu vis dans
un petit monde en circuit fermé, un univers de professeurs d’université. La
seule incertitude de la plupart d’entre vous, c’est investir ou non dans
l’achat d’un pied-à-terre à la Baule ou au Cap Ferrat ! Alors que la
réalité, ce sont tous ces gens qui pointent au chômage ou peinent à boucler
leurs fins de mois. Et je ne parle même pas de ceux qui risquent leur vie pour
traverser la Méditerranée sur un canot pneumatique. En comparaison, nous sommes
des nantis. Des privilégiés.
- J’entends bien, mais je ne
vais quand même pas m’excuser de venir d’une famille qui a les moyens. Et je
n’ai pas non plus l’impression d’avoir volé ce que j’ai acquis. J’ai travaillé
dur pour décrocher mes diplômes. Et plus tard, mon poste de professeur à
l’Université.
- Nous y voilà. J’étais sûre
que tu allais me sortir quelque chose de ce genre-là. Tu ne t’en rends pas
compte mais tu es le prototype du parvenu, persuadé qu’il ne doit sa réussite
qu’à son propre mérite. Les autres n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils
sont mécontents de leur sort. C’est bien ce que tu penses, non ? Ose dire
que je me trompe !
Andreas détestait la tournure que prenait cet
échange, une tournure qu’il ne connaissait que trop – Steffi attaquait sous
tous les angles tandis que lui, soucieux de ne pas envenimer la situation, se
contentait d’une posture défensive. Et se cantonner à la défense n’était
assurément pas la meilleure façon de se défendre. Mais pouvait-il faire
autrement ?
- Dit de cette façon, tu
m’attribues une vision particulièrement simpliste de la réalité.
- Peut-être mais c’est quand
même l’idée, non ? Après toi, la fin du monde…
- Non, c’est faux.
- Pourquoi ? Parce que
ça te gêne de te l’entendre dire ?
- Absolument pas. Je dis que
c’est faux parce que ça l’est, c’est tout.
- D’accord. Alors cite-moi
une action – une seule ! – que tu aurais faite de façon complètement
désintéressée, sans que ton intérêt soit en jeu.
- Heu… attends, laisse-moi
réfléchir.
- Ne te fatigue pas, avait
murmuré Steffi d’un ton las. Il n’y en a pas.
En son for intérieur, Andreas dut reconnaître
que sur ce plan, Steffi n’avait peut-être pas tout à fait tort.
- Je suis sans doute un peu individualiste,
je l’admets. Et il n’est pas impossible que – ponctuellement – je me montre égoïste. Mais je n’ai jamais fait de
mal à personne, que je sache. Je ne fais pas partie de cette catégorie de gens
qui cherchent des poux dans la tête de leur voisin, voire essaient de les
écraser sous la semelle de leur chaussure pour se sentir exister.
Andreas crut avoir marqué un point.
- D’accord, tu n’es pas une
ordure et alors ? Tu crois que c’est suffisant ? Tu le crois
vraiment ?
- Je ne sais pas. Ça me paraît
tout de même être un bon début. J’avoue ne m’être jamais vraiment posé la
question. Je pense que chacun essaie de faire de son mieux avec ce qu’il a. Et
ce qu’il est. C’est tout.
- Tu vois, c’est justement cet
état d’esprit qu’il faut changer. Faire de son mieux ne suffit pas. Il faut
faire davantage.
Elle le regardait avec l’expression désespérée
d’une femme qui ne se sent pas comprise.
- Tout ce que je veux c’est
un bébé, tu comprends ? Un enfant avec toi.
- Tu sais bien que moi
aussi, c’est mon vœu le plus cher. Simplement, je crois que nous avons intérêt
à voir les choses de façon posée. Rationnelle. Ça ne peut que nous aider à
prendre les bonnes décisions.
- Ça veut dire quoi,
rationnelle ? Passer toute une batterie d’examens médicaux ?
- Ça veut dire adopter un
comportement normal, cartésien. Ne pas verser dans l’irrationnel.
- Mais tu peux me dire ce
qui est normal et ce qui ne l’est pas ? C’est normal que des gens, des
enfants crèvent de faim aux quatre coins de la planète pendant que d’autres
jettent des tonnes de nourriture à la poubelle ? C’est normal que des parents
n’aient pas de quoi payer la cantine scolaire de leurs enfants ? C’est
normal que…
- Attends, tu ne vas pas
m’énumérer toutes les injustices du monde ! Si tu le souhaites, si tu
penses que ça peut t’aider à… comment dire ? Éprouver moins de
culpabilité, on peut faire un don à des associations humanitaires.
Après tout, se dit-il, faire un don
permet de faire une bonne action en œuvrant à l’estime de soi. Et, ce qui n’est
pas négligeable, d’obtenir une réduction d’impôt proportionnelle à la hauteur
de son versement.
Steffi ne répondit pas tout de suite et
Andreas crut avoir trouvé le bon angle.
Il se trompait.
- Franchement Andreas, tu me
déçois. Faire un don, ce n’est pas suffisant et tu le sais très bien. On ne
peut pas se contenter de faire un chèque de temps en temps pour avoir
l’impression d’être des gens bien.
- Mais Steffi, tu
t’entends ? Tu parles de nous comme si nous étions coupables. Mais
coupables de quoi ?! D’avoir un travail, de vivre dans un appartement au
centre de Paris ? De ne pas réussir à avoir d’enfant ?!
- Je te parle de mon
mal-être et tu ne m’écoutes pas. Je n’arrive pas à être enceinte et ça me rend
folle !
- Je comprends mais ça ne
sert à rien de s’énerver. Assieds-toi et essayons d’envisager les choses
posément.
- C’est facile pour toi de
dire ça ! Toi, tu pourras quasiment procréer jusqu’à la fin de ta vie,
tandis que moi…
- Arrête Steffi, tu es jeune
encore.
- Mais je suis soumise à mon
horloge biologique. J’ai trente-quatre ans, Andreas. Et à partir de trente-cinq
ans, la fertilité de la femme est en chute libre. S’il te plaît, faisons
quelque chose. Pour une fois, faisons quelque chose !
La détresse de sa compagne le touchait au plus
profond. Andreas comprit que cette fois, son talent oratoire et ses promesses
risquaient de ne pas suffire. Il allait devoir agir. Il ne savait pas encore
comment mais il ne pourrait s’éviter de poser des actes.
Restait à savoir lesquels.
Andreas le diplomate affronta Steffi du
regard.
- D’accord, faisons quelque
chose. Mais alors faisons quelque chose d’utile, de sensé. Et pas n’importe
quoi comme cette histoire de caillou !
Andreas réfléchit à toute vitesse. Il lui
fallait trouver une idée qui le positionne non seulement comme acteur mais plus
encore, en tant que maître d’œuvre des actions à mener, de façon à l’exonérer
de ces inepties, genre cette idée de caillou dans sa chaussure.
Une image lui vint à l’esprit, celle d’un
homme encore jeune – probablement SDF -, qui trouvait régulièrement refuge dans
leur cage d’escalier.
- Tiens, par exemple cet
homme… ce vagabond que nous croisons tous les soirs ou presque en bas de
l’immeuble…
- Oui et alors ?
- Aidons-le.
Le regard froid et dur qu’elle lui jeta déplut
à Andreas.
- Tu veux vraiment
l’aider ?
- Puisque je te le propose.
- Je te préviens, je te
prends au mot !
- C’est bien comme ça que je
l’entends. Prends-moi au mot.
- D’accord. Alors va le
chercher.
- Pardon ?
- Tu croyais quoi ? Lui
donner une liasse de billets de vingt pour qu’il aille s’acheter un sandwich et
se payer une nuit d’hôtel ? TU VEUX QUE NOUS FASSIONS QUELQUE CHOSE, OUI
OU NON ?
- Steffi, calme-toi !
- Tu m’as dit que tu voulais
du concret, des actes alors si tu es sincère, VA LE CHERCHER !
- Je ne suis pas certain de
bien comprendre ce que tu souhaites…
À
présent, Steffi semblait épuisée, comme vidée de sa substance après un effort
violent. Elle poursuivit sans le regarder, d’une toute petite voix :
- Je voudrais lui offrir un
repas chaud. Un repas avec nous. Il pourra dormir dans la chambre d’ami. Après,
il s’en ira. Je changerai les draps, je laverai tout derrière lui mais nous
aurons au moins fait quelque chose. Quelque chose de gratuit. De beau.
- Tu es sûre ? Tu es
sûre que c’est ce que tu veux ?
- Certaine.
- Très bien, dit-il une fois
passé l’effet de surprise et sans trop savoir lui-même ce que ce « Très
bien » signifiait.
Steffi semblait plus calme à présent. Presque
apaisée.
Andreas se sentait pris à son propre piège. Il
se fustigea intérieurement pour avoir évoqué ce vagabond, dont le sort lui
importait autant que ses paires de chaussettes sales qu’il roulait le plus
souvent en boule sous son lit – charge à la femme de ménage de les récupérer
avant de les passer à la machine.
Il hésita encore un instant, se projetant dans
chacune des situations possibles.
1/ Donner satisfaction à Steffi et aller
chercher ce fichu SDF ?
ou
2/ Se raviser et tenir fermement la position
consistant à dire qu’il était « Hors de question qu’un
va-nu-pieds dormant dans la rue pose un seul orteil dans notre appartement
» !?
Chacune de ces situations présentait un
certain nombre d’avantages.
Et d’inconvénients.
Il les pesa brièvement dans sa balance
intérieure.
- D’accord. Je vais le
chercher.
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À quinze ans, j’étais comme tout le monde. Je
menais une vie normale. Le lycée, les copains, les filles et les grandes
discussions sur le sens de l’existence nourrissaient l’essentiel de mon
univers. Une vie normale, oui. Et pourtant, sans le savoir, je portais déjà les
germes d’une grave maladie.
J’écrivais des poèmes. En cachette, le soir dans ma chambre. À la
loupiotte de ma table de chevet. Je n’en parlais pas, je ne les montrais à
personne. Trop personnel, trop intime. Montrer ma prose aurait équivalu
à baisser mon caleçon au milieu de la cour du lycée en criant : -
Hé, venez voir ! Regardez tous, ce qu’il y a là-dedans ! Impossible. Une fois – une seule fois ! – j'ai cédé à la
tentation. Une erreur de jeunesse. De celles qui vous marquent au fer rouge et
vous vaccinent définitivement contre tout risque de rechute. C’était au cours d’une soirée improvisée chez Laureen,
une copine de classe. Ses parents absents pour le week-end, nous avions investi
sa villa avec bouteilles d’alcools forts et packs de bière, de quoi saouler un
régiment de hussards pour trois jours. Saufs que nous n’étions qu’une poignée
d’adolescents boutonneux. Je nourrissais de grands espoirs pour cette
soirée. J’étais secrètement amoureux de Pauline, une petite blonde acidulée sur
laquelle bandait la moitié de la classe (tous les garçons en fait !) Las, malgré tous mes efforts, Pauline ne
m’accorda pas un regard et vers deux heures du matin, passablement éméché,
j’avais joué ce que je considérais - bien à tort - comme une sorte de va-tout.
Debout sur une table, je m’étais adressé à la cantonade : -
Ça vous dirait que je vous lise quelque chose que j'ai écrit ? -
C'est quoi ? -
Un poème. -
Un poème ? Et tu dis que c'est toi qui l'as écrit ? -
Ouais. C'est exactement ce que j'ai dit. J'aurais dû me méfier. Surtout quand Laurent
Chasseboeuf, un lèche-cul arrogant premier partout, en maths comme en éducation
physique, a rameuté tout le monde en criant avec ses mains en porte-voix : -
Hé, venez tous ! Pierre va nous lire un truc qu'il a écrit ! -
C'est pas un truc, j'ai rectifié. C'est un poème. -
Ah oui ? Et c'est quoi, la différence ? a fait Chasseboeuf avec son air de faux
derche. -
Tu vas voir ! Quelqu'un a mis la musique en sourdine et tous
- ou plus précisément, tous ceux qui n’étaient pas en train de faire des
cochonneries dans les chambres ou de rendre tripes et boyaux dans les WC – tous
se sont réunis en arc de cercle devant moi. Évidemment, ça n'a pas loupé. Au bout de cinq
secondes, tout le monde a littéralement explosé de rire. J'ai remballé mon
papier aussi sec. -
Non, vas-y continue ! -
Laissez tomber, c'est pas de votre faute, si vous ne comprenez rien à la
poésie ! -
Allez Rimbaud, fais pas la gueule… Toute vie d’artiste est un chemin de croix
qu’il faut savoir endurer pour accéder à des moments de pur bonheur. Ce
soir-là, je fis sans le savoir le début d’un long et douloureux apprentissage.
La dernière image que je devais emporter de cette fête fut celle de couples
hâtivement formés, en train de danser sur le rythme langoureux du vieux tube de
10cc, I’m Not in Love. Parmi eux,
Laurent Chasseboeuf embrassait Pauline à pleine bouche, une main de
propriétaire posée sur ses fesses. Une soirée à oublier, oui. Sur tous les plans. |
- Prenez place, je vous prie ! dit le notaire.
Face à lui, deux femmes et un homme dans la
quarantaine, visages fermés.
- Bien. Je vous ai
réunis pour vous faire part des dernières volontés de votre père, concernant sa
succession.
- Papa a fait un
testament ? demanda l’une des femmes, une blonde platine aux lèvres
botoxées.
- En effet. Il
souhaitait que je porte à votre connaissance un aspect de sa personnalité qui,
selon lui, vous avait échappé.
- Lequel ?
- Votre père
écrivait de la poésie.
Tous se regardèrent, incrédules.
- Quoi ?
s’écria l’homme.
Bedonnant, il avait les tempes argentées et la
lippe humide.
- Papa écrivait de
la poésie ? J’ai du mal à y croire.
- Il n’y a jamais
eu que l’argent qui l’intéresse !
- Si vous
permettez, je vais poursuivre, reprit le notaire.
Ce disant, il s’éclaircit la voix.
- Votre père avait
écrit un recueil de poèmes. Un recueil qu’il avait proposé pour publication à
nombre d’éditeurs.
Comme pour insuffler une sorte de suspens, il
marqua une pause, prenant le temps de dévisager chacun des ayants droit.
Tous restaient de marbre.
- Malheureusement,
il n’avait reçu que des réponses négatives. Ce qui, d’ailleurs, l’avait
sensiblement affecté.
- Il n’avait qu’à
acheter directement une maison d’édition, s’il voulait tant se faire publier !
- Figurez-vous
qu’il y avait songé.
- Sans blague ?
- Sérieusement ?!
- C’est une
hypothèse qu’il a envisagée un certain temps. Mais il a fini par y renoncer.
- Ce n’était pas
une question de moyens. Alors pourquoi ?
- Il estimait que
cela n’aurait pas été correct.
- Pas correct ?
Mais vis-à-vis de qui ?
- C’est bien la
première fois qu’il se sera soucié de ce qui est correct ou pas !
- Il a préféré renoncer,
par honnêteté vis-à-vis des poètes qui essaient de se faire publier sans
passe-droit.
- Bon et alors ?
- Moi, je ne vois
pas où ça nous mène, tout ça.
- J’y viens. Votre
père a finalement pris la décision d’auto-publier son œuvre.
Un peu comme s’il s’apprêtait à franchir un
obstacle, le notaire prit une courte inspiration.
- Concernant ses
biens, qu’il s’agisse de ses liquidités, ses actions et ses propriétés
immobilières, ses collections de tableaux et d’œuvres d’art, votre père a
décidé de tout léguer à des associations caritatives. Cependant, il a tenu à
vous offrir, à chacun, un exemplaire de son unique recueil de poèmes. Recueil auto-publié,
comme je vous l’ai dit.
Et tandis que face à lui, les figures se
décomposaient, le notaire ajouta :
- Votre père
souhaitait en souligner le titre : « La poésie est notre seule
véritable richesse ». Ce qui explique pourquoi il tenait tant à vous offrir
son recueil.
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| et ça fonctionne : garanti à 100 % ! Si vous suivez le process tel qu'il est décrit dans ce livre, vous progresserez. Vous progresserez et ce n’est pas une promesse en
l’air, mais une certitude, garantie à 100%. Pourquoi ? Parce que c'est VOUS qui allez choisir
quelles actions mettre en place. C’est vous qui allez les noter afin de vous engager à les
suivre. Et à vous y tenir. Puis, une fois que celles-ci seront fixées, que vous les
aurez intégrées comme de nouvelles façons de procéder, vous choisirez d'autres
actions.
D'autres actions qu'à leur tour, vous vous engagerez à
suivre. Et ainsi de suite. La seule limite à votre progression sera celle que vous vous fixerez. I. Préalable à valider.
II. Prendre connaissance de la méthode afin de s’inscrire volontairement dans la démarche.
III. Prendre connaissance des principes de base – ce que je peux attendre, espérer – et y adhérer.IV. Analyser ce sur quoi je peux et je veux progresser.
V. Choisissez ce sur quoi vous souhaitez « procéder différemment ».
Assurez le suivi correspondant.
VI. Choisissez les nouvelles habitudes ou activités que vous souhaitez intégrer dans votre emploi du temps.
Assurez le suivi correspondant.
VII. Poursuivez la démarche !
VIII. En conclusionJ'AMÉLIORE MON ORGANISATION PERSONNELLE, c'est ici : J’AMÉLIORE MON ORGANISATION PERSONNELLE: Mieux s’organiser et gérer son temps pour atteindre ses objectifs et réussir : Développement, ESC: Amazon.fr: Livres |
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| Le roman |
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« Dans les épreuves cruciales, la cigarette nous est d’une plus grande aide que les Évangiles. » Emil CIORAN « Si je ne
peux pas fumer de cigares au ciel, je n’irai pas. » Mark TWAIN JOUR ZÉRO Ce journal est mon journal d’arrêt du tabac. J’en décris la chronologie, telle que je l’ai vécue et ressentie. Le lecteur impartial pourra vite constater que je n’y suis pas franchement à mon avantage. C’est le prix à payer pour qui veut se montrer sincère. Et je l’accepte. Pour être tout à fait honnête, je ne croyais pas qu’un jour viendrait où j’arrêterais de fumer. J’étais le genre d’homme à m’imaginer vivre sa dernière heure en fumant une ultime cigarette, celle pour la route – la plus longue. Je n’y croyais pas et pourtant si. C’est arrivé. Tout arrive, dit le prophète. Dire que ça m’a pris comme ça, d’un coup,
serait mentir. Tout est parti d’un événement déclencheur. Un malaise. C’était un samedi midi et j’ai bien cru que je faisais un infarctus. Palpitations, oppression thoracique - du mal à
respirer ; j’avais beau être assis, l’impression qu’un type de cent kilos
s’était assis sur ma poitrine et ne voulait plus en bouger perdurait. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.
Surtout que dix minutes plus tôt, tout allait bien. Avec Manon (ma compagne), nous sortions d’un repas pantagruélique ; un de ceux qui vous font discrètement desserrer la ceinture de votre pantalon d’un cran (l’air de rien, de façon à ce que personne ne s’en aperçoive alors que vous restez placidement assis à votre place). Quand je dis - « nous sortions d’un repas pantagruélique » - en réalité, je parle pour moi. Manon surveille sa ligne. Elle déteste les excès. Ce jour-là, je l’avoue, j’avais un peu forcé sur la tête de veau et le vin de Bourgueil ; je m’étais resservi au moins trois fois. Mais rien de vraiment méchant, à mon sens. C’est ma nature, je suis ce que l’on appelle un
bon vivant. Un épicurien. J’aime manger, boire et faire l’amour. Lire et
écrire, également. Vous remarquerez que je classe ces activités
parmi les plaisirs de l’existence – c’est normal, je suis écrivain. Auteur de
romans noirs. En fait, j’apprécie tous les plaisirs, quels
qu’ils soient (et le plus souvent, sans modération). Bien qu’il ne soit pas
question que j’en établisse une liste ou un classement, la cigarette y figure
en bonne place. Car oui, je suis fumeur. Un gros fumeur. À la limite du fumeur compulsif. C’est arrivé après le repas. Manon a bien vu
que ça n’allait pas. - Qu’est-ce que tu
as, Patrick ? Tu es tout pâle ?! - C’est rien. Je crois que je vais aller m’allonger cinq minutes. Ça ira mieux après. Ce qui ne me ressemblait pas. Mais le fait est que je tenais à peine sur mes jambes. Elles peinaient à supporter mon poids, je les sentais flageolantes. Manon est infirmière. Elle a insisté pour que je lui décrive mes symptômes. Je n’ai pas pu m’empêcher de minimiser, de
faire le mariole avec une blague pas franchement drôle comme j’en ai le secret. Mais le cœur n’y était pas. - Est-ce que tu as
mal dans le bras gauche ? - Un peu, oui. À partir de là, elle m’a exhorté à aller aux
urgences. - Allez, je t’emmène. Tout de suite ! Et c’est non négociable. Je me suis laissé faire. En essayant de me
convaincre que ce n’était rien de plus qu’un coup de moins bien. Peut-être le stress lié au fait que je devais
rendre mon manuscrit à mon éditeur avant le quinze du mois suivant ? Car comme
toujours, j’étais déjà sacrément en retard. Mais l’étais-je plus que d’habitude ? Il ne me semblait pas. Et voilà comment je me suis retrouvé aux urgences. Un lieu pas franchement sympathique qui suinte la douleur, la peur et l’épuisement – selon le côté de la barrière derrière laquelle on se trouve. Dans ce genre d’endroit, le plus dur, c’est l’attente. Le moment où le hamster s’affole dans sa cage imaginaire. Bien sûr, ça n’allait pas fort mais je ne pouvais
pas croire que tout puisse s’arrêter là, si vite. Si brutalement. J’avais déjà suffisamment vécu pour savoir que
l’existence peut s’avérer aussi injuste qu’imprévisible mais jusque-là, cela
n’avait jamais concerné que les autres. Pas moi ! Et j’avais une tendance
naturelle à me croire invincible. J’observais Manon à la dérobée et je la sentais anxieuse. Ce qui n’était pas pour me rassurer. Manon. Chaque fois que je la regarde, je suis toujours aussi étonné qu’une aussi belle jeune femme ait pu s’enticher d’un balourd comme moi (et quand je dis balourd, c’est au sens propre comme au figuré). Les images de notre première rencontre me sont revenues à l’esprit. Elle était cette jeune inconnue en train de
lire un livre à la terrasse d’une brasserie en centre-ville. Un livre, oui. Mais pas n’importe quel livre ! Il faisait chaud, un temps d’été. Et il n’y
avait qu’elle, assise à cette terrasse – heureusement car sinon, jamais je
n’aurais osé lui adresser la parole. De la gueule, j’en ai toujours eu et la
plupart du temps, je n’ai aucun problème pour passer des paroles aux
actes ; mais quand je suis face à une femme – une femme qui me touche, qui
plus est – j’ai l’impression de redevenir un petit garçon en culottes courtes. Pire, j’ai l’impression de n’avoir jamais été que ce petit garçon en culottes courtes. Et que tout le reste, c’est du flan. Il a donc fallu que je me fasse violence. « Excusez-moi, mademoiselle… vous le
trouvez bien, ce livre ? » Elle avait mis un temps avant de me répondre,
plongée qu’elle était dans le bouquin. « Heu… oui, il est vraiment génial !
Vous aussi, vous l’avez lu ? » « J’ai fait mieux que ça. C’est moi qui l’ai écrit. » C’est ainsi que tout avait commencé, il y a un peu plus de trois ans. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés. Retour à la réalité des urgences. Après deux ou trois heures d’attente – on ne s’en tirait pas si mal – les blouses blanches se sont occupées de moi. Palpations, examens - j’ai eu comme l’impression d’être transformé en rat de laboratoire. En début de soirée, un interne au visage de
premier de la classe est venu s’enquérir de mon état. Je dois dire que je commençais à me sentir mieux. Ou plutôt, un peu moins mal. - Vous avez une
tension élevée, des extrasystoles et une arythmie cardiaque. Mais rien qui
nécessite que l’on vous garde. Alléluia ! C’était bien la meilleure nouvelle de la journée. Tout aurait été (presque) parfait s’il en
était resté là. Mais il a fallu qu’il creuse : - Vous fumez
combien de cigarettes par jour ? - Heu… plus ou
moins un paquet. - J’aurais plutôt
dit un paquet et demi, a renchéri Manon. - Ça, c’est
uniquement les jours de fête. - Oui mais avec
toi, c’est tous les jours la fête ! - On ne vit qu’une
fois. Pas vrai, docteur ? Ma façon de voir n’a pas eu l’air de l’amuser ;
il m’a décoché un regard aussi noir que s’il s’apprêtait à déclencher une
attaque nucléaire à l’échelle de la planète. Puis il m’a invité à prendre contact aussi
rapidement que possible avec mon médecin traitant. Il était non seulement question d’une radio
des poumons mais aussi de toute une batterie de tests dont rien que l’évocation
me faisait froid dans le dos. Cerise sur le gâteau, le toubib a conclu par un ersatz de leçon de morale - que ma mémoire s’est empressée d’effacer -, prédisant que nous nous reverrions probablement bientôt. Je crois que c’est cette attitude, cette
posture d’oiseau de mauvais augure, qui m’a mis les nerfs. Et qui, incidemment, a provoqué tout ce qui a suivi. Avec
Manon, sitôt réglée la paperasserie, nous nous sommes empressés de retrouver
l’air frais du dehors. La nuit tombait. Nous avons attendu d’être
dans la voiture pour parler. - Je peux te le
dire maintenant, tu m’as fait une sacrée peur ! J’ai préféré ne rien répondre. Moi aussi, j’avais eu la trouille. Mais j’étais du genre à me faire tuer plutôt que de l’avouer. J’ai toujours été comme ça, orgueilleux. Parfois jusqu’à la bêtise. Voire l’absurde. - Désolé, j’ai dit. J’ai enclenché le contact, passé la première
avec, j’ignorais pourquoi, un sentiment d’inachevé en bouche. Ici et là, allant et venant sur le parking, des éclopés et des vieillards ; certains marchaient vers le bâtiment, d’autres en sortaient mais tous affichaient la tête de ceux au-dessus de laquelle reste suspendue une épée de Damoclès – une épée du genre de celle qui n’attend qu’un signe, un simple frémissement pour les écraser. Des pensées aussi sombres que la nuit qui menaçait nous envelopper m’ont traversé de part en part – l’hôpital, n’est-ce pas à plus ou moins brève échéance, notre horizon à tous ? Je crois avoir lu quelque part que la moitié des gens finissent leur vie en soins palliatifs. Et moi, où en étais-je ? Je venais d’avoir cinquante ans et je fumais
sans discontinuer depuis l’âge de quatorze ans. Je totalisais donc trente-six
ans de tabac. À raison d’un paquet par jour en moyenne, mieux valait ne pas compter le nombre de cigarettes que j’avais inhalé. Quand Manon m’a rappelé qu’il me fallait
prendre rendez-vous dès que possible pour passer ces satanés examens
complémentaires, j’ai disjoncté. - Non, j’ai dit. - Quoi, non ?
Ne me dis pas que tu vas encore essayer de te défiler ! Tu as entendu ce
qu’a dit… Je l’ai coupée : - Non, hors de
question de passer ces foutus examens. Je vais faire mieux, beaucoup mieux que
ça ! J’ignore comment ni pourquoi j’ai prononcé ces
mots. Était-ce la trouille rétrospective ? L’envie de faire un pied de nez à ce toubib de
malheur qui me voyait déjà revenir les pieds devant aux urgences ? Ai-je été victime d’une sorte de court-circuit
neuronal ou me suis-je tout simplement enflammé ? Toujours est-il que je me suis entendu affirmer,
sur un ton convaincu, limite péremptoire : - J’arrête de
fumer. - Quoi ? - J’ai dit,
j’arrête de fumer. C’était clair et net, définitif. - Tu es sûr ?
Certain ?! - Oui. Trente-six
ans de tabac, ça suffit. - Ce n’est pas une
parole en l’air, tu penses vraiment ce que tu dis ?! - Je le pense, oui.
Vraiment. - Et tu crois que
tu vas pouvoir t’y tenir ? - Oui. Tu me
connais. Je suis une vraie tête de mule, tu me l’as répété assez souvent !
Quand j’ai décidé quelque chose… - Promets-le-moi ! - Je le promets. - Arrête-toi. - … pour quoi
faire ? - Arrête-toi, tout
de suite ! Sa voix montait bizarrement dans les aigus, je
ne comprenais pas ce qui se passait. Mais j’ai obtempéré. Sitôt la voiture rangée sur le bas-côté, Manon
m’est tombée dans les bras. - Oh merci, mon
amour ! Merci ! - Pourquoi tu me
remercies ? - Parce que cette
décision, c’est aussi pour nous que tu la prends, non ? - Heu… J’avoue, je ne voyais pas vraiment ce qu’elle
voulait dire. - Depuis le temps que
TU EMPESTES, que TU PUES LA CLOPE, je n’en pouvais plus ! Ça devenait
insupportable, cette odeur. Tu ne t’en rendais pas compte mais elle
s’infiltrait partout - sur tes vêtements, tes cheveux et ta peau, tes doigts… je
n’ai jamais osé te l’avouer mais même quand tu m’embrassais… - Hein ?
Qu’est-ce que tu veux dire ? Que je puais de la bouche ?! - Pas exactement
mais… tu as toujours une haleine de cendrier froid. Et franchement, ce n’est
pas très ragoûtant. Après, quand on va plus loin, avec l’excitation, ça passe.
Mais si tu arrêtes de fumer… alors c’est merveilleux. Merci. Merci,
Patrick ! Merci, merci, merci ! Et là-dessus, elle m’a roulé un patin avec toute la fougue de celle qui s’offre corps et âme ; la température est montée dans l’habitacle, elle est devenue bouillante et je le confesse, il n’en aurait pas fallu beaucoup plus pour qu’on finisse par le faire sur le siège passager, à la vue de tous. On a quand même réussi à se contenir. Il nous a fallu un peu de temps pour que l’on se remette la tête à l’endroit mais on a fini par repartir. Sur le chemin du retour, j’aurais dû – comme n’importe quel homme normalement constitué, ce que je crois être – j’aurais dû n’avoir qu’une seule idée en tête : la façon dont on allait finir ce qu’on avait commencé, Manon et moi, une fois rentrés. Mais croyez-le ou non, je ne pensais déjà plus à ça. Non. Parce que dix minutes après avoir promis que j’arrêtais, j’avais déjà une furieuse envie de m’en griller une. Si j’avais pu le faire, je suis sûr que toutes mes idées se seraient remises en place, naturellement. Mais là, non. Impossible. Tout se présentait pourtant parfaitement bien – pas de grave problème de santé, la perspective de faire l’amour avec Manon. Mais voilà, il me manquait quelque chose d’essentiel dans l’intervalle. Une cigarette. Évidemment, après ce que je venais d’annoncer,
il n’en était pas question. Je ne pouvais quand même pas me parjurer au bout de
dix minutes, j’aurais eu l’air de quoi ? Et avec la couche qu’avait remise Manon par-dessus, j’étais coincé. Fait comme un rat. MAIS QU’EST-CE QUI M’AVAIT PRIS, BON DIEU, QU’EST-CE QUI M’AVAIT PRIS DE DIRE QUE J’ARRÊTAIS DE FUMER, J’ÉTAIS DEVENU COMPLÈTEMENT CINGLÉ OU QUOI ?! À peine arrivé à la maison, on a filé au lit. On a fait ce qu’on avait à faire et un moment, je me suis cru réconcilié avec la vie. Je suis monté très haut. Ensuite, pour accompagner la descente, j’ai cherché à tâtons mes cigarettes sur la table de chevet. Sans penser à mal – sans même penser du tout, mécaniquement. - Tu fais
quoi ? m’a demandé Manon avec une voix de tigresse prête à se battre pour
un quartier de viande. J’ai compris dans la seconde où elle m’a posé
la question. - Heu… non, rien. Désolé, c’était une sorte de réflexe. Ce premier soir, je me suis couché tôt. Sans
manger. Sans même prendre un café, mon deuxième
carburant. Et sans écrire une ligne, sans rien. Je crois que je commençais tout juste à réaliser dans quel merdier je m’étais fourré. Ne plus penser, dormir – je crois que c’était
encore le mieux que je puisse faire. JOUR 1 Ce premier matin du « Jour d’après »,
je me suis réveillé avec l’impression d’avoir fait un mauvais rêve. Mais non. J’avais bel et bien promis à Manon
d’arrêter de fumer. Ce qui m’apparaissait d’ores et déjà inhumain, à la limite de la torture mentale ! J’avais l’impression d’être né avec une clope au bec. Me l’enlever, c’était comme retirer sa tétine ou son nin-nin à un gosse qui ne pouvait s’endormir sans. Manon était déjà partie travailler. Elle
m’avait laissé un mot sur la table de la cuisine. Je sais que ça
va être dur, aujourd’hui Je pense à toi Courage ! Je t’aime Je ne crois même pas que cela m’ait fait plaisir. Des mots tout ça, rien que des mots ! Parce qu’en cet instant, je ne voyais pas comment j’allais pouvoir supporter une journée entière sans cigarette ! Il allait pourtant bien falloir. Je me suis assis à la table de la cuisine, je me suis servi un grand bol de café noir. Je me souvenais du jour où mon père m’avait
offert ma première cigarette. Un geste anodin en apparence. Mais symboliquement
fort. C’était comme une sorte de bienvenue dans la cour des grands. Des hommes. J’avais quatorze ans et pas encore de poils au menton. Depuis, la cigarette avait accompagné ma vie. Elle avait célébré mes succès. L’annonce de la publication – par un éditeur reconnu - de mon premier roman. La naissance de mes enfants (avec ma première femme, dont j’étais séparé). La cigarette avait aussi adouci mes peurs, mes
doutes. Elle m’avait toujours soutenu dans les moments difficiles. Elle s’était avérée plus importante qu’un
stylo ou un ordinateur dans ma vie d’écrivain. Souvenir de ces nuits sans fond où j’avais travaillé jusqu’à l’aube pour finaliser un roman, un article pour un journal littéraire. Y serais-je parvenu, si je n’avais pu fumer ? Sans compter que la cigarette a toujours été de pair avec son meilleur ami, le café noir. Un café, une cigarette - c’est la règle. Une
sorte de plaisir de base, dix fois reproduit dans la journée. Comment vais-je faire, à présent que je suis interdit de fumer ? Vais-je devoir aussi supprimer le café ?! Ne plus fumer, ne plus avoir la possibilité de
s’en griller une, c’est comme se retrouver seul et sans arme dans une jungle
hostile ; sans revolver ni carabine, assis à l’avant d’un chariot lancé à
la conquête de l’Ouest à la fin du dix-neuvième siècle. Ou sans vêtement chaud, dans le terrible hiver 42-43 du siège de Stalingrad. Parmi les cigarettes les plus difficiles à se passer, il y a la première – la toute première. Celle du matin, après le café. C’est-à-dire maintenant. Et que dire du claquement caractéristique de mon briquet Zippo, sa brève odeur d’essence ; elle aussi va me manquer. Sans oublier la cigarette après l’amour, la plus charnelle de toutes. Une seule demi-journée sans fumer derrière moi
et je me retrouve déjà à des années-lumière de ma décision initiale. En fait, ce n’était pas vraiment une décision.
Plutôt un coup de tête malheureux. Une imbécilité. À présent que le mal est fait, comment revenir
en arrière ? Je ne peux quand même pas me défausser si vite ! Ni maintenant, ni au bout de vingt-quatre
heures ou même trois jours ou une semaine. Je dois tenir un minimum. Faire effort, pour Manon Je crois que je vais essayer de trouver des
trucs pour m’aider sur Internet. 19 : 00 Manon est de retour. Elle me retrouve avachi
sur le canapé, en train de zapper d’une chaîne TV à une autre avec
l’enthousiasme d’un condamné à perpétuité. Baiser furtif. - Ça n’a pas été
trop dur, mon amour ? |