Le texte qui suit est un extrait.
En pleine nuit, la sonnerie du téléphone portable.
Séverine ouvre péniblement un œil, cherche l’appareil à tâtons sur sa table de nuit.
Qui cela peut être ?
C’est Carl, son ex.
Mauvaise surprise – mais à cette heure, peut-il y en avoir une bonne ?!
Elle, d’une voix pâteuse, un
peu comme si elle avait une poignée de graviers dans la bouche :
- Oui ?
- C’est toi, bébé ?
Sa voix, pire qu’un aiguillon –
elle aurait dû s’en douter.
- C’est pas vrai, je t’ai déjà dit cent fois de ne plus jamais
m’appeler comme ça !
Un blanc.
- … je voulais dire « C’est toi, Séverine ? »
- Mais qui veux-tu que ce soit ?! Tu sais quand même qui tu
appelles, non ?
- Désolé mais je voulais être sûr…
- Sûr de quoi ? Que je ne sois pas au lit avec un autre
type ? Merde, il est trois heures du matin et on n’est plus ensemble, Carl
! Combien de temps il faudra que je te le rappelle ? Ça va pas bien de me
réveiller à cette heure ?!
- Je sais mais j’avais deux choses à te dire…
- Deux choses à me dire ?! Attends, laisse-moi deviner : que
j’ai pas intérêt à me mettre avec un autre mec, surtout s’il en a une plus
grosse que la tienne, c’est ça ?! Qu’est-ce que tu peux avoir à me dire de
si important que ça ne peut pas attendre demain matin ? Et d’abord,
c’est quoi ce bruit de fond que j’entends ?
- C’est parce que je suis sur la route.
- Sur la route ?
- L’autoroute. Je roule à 200 compteur, le moteur ronfle un peu.
- 200 ? Mais tu es complètement dingue ! En plus, je
ne sais pas où tu es mais… ici, il pleut à torrent dehors.
- Je ne vais pas te mentir bébé, je vais me foutre en l’air. C’est
pour ça qu’il fallait que je t’appelle et que ça pouvait pas attendre, tu
comprends ? Il fallait que tu saches, je peux pas vivre sans toi.
- …
- Bébé ?
- Arrête tes conneries, Carl ! C’est pas parce qu’on n’est plus
ensemble que… tu vas retrouver quelqu’un, j’en suis sûre. Quelqu’un avec qui ça
marchera, qui t’aimera…
- Non. C’est toi que je voulais, personne d’autre. Et je supporte pas l’idée
qu’un autre type pose ses sales pattes sur toi. Ça me rend dingue.
- Carl, écoute-moi. Il y a Nathan. On a un fils ensemble, tu te
souviens ? Pense à lui. Ce n’est pas parce que mes parents le gardent en
ce moment que…
- Tes parents le gardent plus.
- Que… de quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?!
- Tout à l’heure, j’ai été chercher Nathan chez eux. Ça n’a pas été
facile, crois-moi. J’ai d’abord essayé de les convaincre que tu étais d’accord
mais comme ils voulaient rien savoir, j’ai dû m’y prendre autrement.
- Comment ça, « t’y prendre autrement » ?
- J’ai pas envie de rentrer dans les détails, bébé. Je crois pas que
ça te plairait.
- Attends mais qu’est-ce que tu racontes ?! Qu’est-ce que tu as
fait à mes parents ? Et d’abord, il est où Nathan ? IL EST
OÙ ?!
- Juste derrière moi, sur la banquette arrière. Tu veux lui
parler ?
- … non, tu me fais marcher. Je ne te crois pas, c’est pas vrai.
- Vas-y, bonhomme. Dis bonjour à Maman.
Une petite voix
craintive :
- Maman ?
- NATHAN, MON CHÉRI ! Je comprends plus rien… est-ce que tu vas
bien ?
- Oui. Je suis avec Papa.
- Mais c’est pas vrai mais qu’est-ce que… Maman t’aime, mon chéri !
Tout va bien se passer ! Repasse-moi Papa, s’il te plaît.
- Maman, j’ai peur.
- Ne t’inquiète pas, mon amour ! Je te promets, tout va bien se
passer. Repasse-moi ton père, tu veux bien ?
- Oui. Au revoir, Maman.
- On se revoit très vite, mon chéri… Carl ?
- Ouais.
- CARL, JE T’EN SUPPLIE !

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