Quand j’étais jeune, je démarrais
l’écriture de quantité d’histoires sans toujours les finaliser. J’entretenais
l’idée de les reprendre plus tard.
Comme celle-ci qui pourrait s’appeler
« Atchoum ! »
La journée, Monsieur Guérin travaillait
aux écritures. De longues et fastidieuses journées qui démarraient tôt et
finissaient à la nuit tombée, avec une brève coupure pour la pause-déjeuner. Monsieur
Guérin faisait comme les autres, il amenait sa gamelle et mangeait froid (plus
tard, le Front populaire améliorerait la condition des travailleurs mais nous
n’en étions pas encore là).
Sitôt son labeur terminé, Monsieur Guérin
évitait de repasser par sa chambre mansardée, quartier Belleville. Il prenait
le chemin de la gargote où il avait ses habitudes, un établissement aux vitres
embuées par la fumée des cigarettes. On y servait un repas ouvrier copieux et bon
marché, quoi qu’un peu gras.
C’était un endroit sans manières où les
clients étaient priés de s’asseoir les uns à côté des autres, formant de
longues tablées comparables à celles d’une cantine de bas étage. La grosse serveuse
rougeaude déposait les litrons de rouge à volonté sur les tables. Elle avait
ses têtes et s’il lui arrivait de donner du rab, elle ne les octroyait qu’à
celles-là.
Sitôt installé, Monsieur Guérin avait
noué sa serviette autour de son cou. Il avait beau être maigre comme un clou,
il avait de l’appétit. Sans qu’aucun mot ne soit échangé, la rougeaude avait
déposé une assiette fumante de hachis Parmentier (fait avec les restes de la
semaine) devant lui et Monsieur Guérin s’apprêtait à goûter le seul véritable
plaisir de sa journée quand son voisin de droite, un lourdaud massif aux yeux
porcins, éternua en plein dans son assiette.
- Excusez-moi ! bredouilla l’autre
la goutte au nez.
Avant d’éternuer encore – et toujours en
plein dans l’assiette de Monsieur Guérin. Suite à quoi le lourdaud aux yeux
porcins éclata d’un rire luciférien.
Je me suis toujours demandé comment
allait réagir Monsieur Guérin.
Je me le demande encore.
Une gargote

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