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samedi 12 avril 2025

L'AVARE en 2025 : Vivre avec Georges (un conte noir)

 

Chiffre 3 en OR
Sous le pseudo Max HERTZL

114 pages - 9€25

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VIVRE AVEC GEORGES 


Je voudrais commencer par affirmer quelque chose d’essentiel. J’aime Georges, mon mari.

 Je l’aime malgré tout.

 Je crois pouvoir dire avoir été heureuse avec lui.

 Évidemment, je n’ai jamais été dupe de ses travers. Au début, ça me faisait presque rire.

 Je croyais qu’il avait manqué, étant petit. Mais non, il avait été aimé, choyé.

 Lorsque Georges invitait des amis à manger – ce qui arrivait rarement car Georges avait peu d’amis -, il tenait absolument à faire lui-même les courses.

 Il m’a fallu du temps avant de comprendre pourquoi.

 À l’hypermarché, il se rendait directement au rayon promotions, la toute première case en bas à droite, celle où il fallait se baisser pour prendre les produits étiquetés « À CONSOMMER DANS LA JOURNÉE ».

 Là, il trouvait des cotes de porc ou des tranches de poitrine à un euro la barquette de dix, ce qui lui convenait tout à fait.

 Évidemment, la viande n’était plus de toute première fraîcheur. Souvent, elle commençait même à verdir. Mais elle était encore consommable.

 Et à un prix défiant toute concurrence.

 Pour Georges, cela seul comptait.

 Au rayon spiritueux, il achetait du vin bas de gamme dans des bouteilles en plastique.

 Une fois arrivé à la maison, il transvasait ce vin premier prix dans de vraies bouteilles en verre – des bouteilles vides aux étiquettes à l’appellation prestigieuse.

 Longtemps, j’ai tout ignoré de cette opération. Une opération facilitée par le fait que la plupart des gens n’y connaissent rien en vin.

 Bien sûr, il arrivait parfois que certains osent une remarque :

- Il ne serait pas un peu vert, ce vin ? Je le trouve particulièrement râpeux !

- C’est du Saint-Émilion, répondait Georges. En plus, c’est une excellente année !

 Alors qu’en vérité, c’était bel et bien de la piquette qui agressait les papilles !

 Par contre, lorsque Georges était invité à son tour, il faisait preuve d’un appétit d’ogre.

 Il n’était pas rare de le voir se resservir trois fois. Au point que nos amis en plaisantaient :

- Dis donc, on dirait que ton mari n’a pas mangé depuis huit jours ! Tu ne le nourris pas ou quoi ?!

 Ainsi se comportait Georges, mon époux.

 C’était lui qui gagnait l’argent du ménage. Et donc lui qui détenait les cordons de la bourse.

 Pour moi, le plus pénible consistait à quémander chaque semaine de quoi faire les courses.

- Quinze euros pour la semaine ?!

- Tu veux dire que je t’en donne trop ? Que tu pourrais faire avec moins ?

- Mais enfin Georges, c’est une plaisanterie ? Tu gagnes presque quinze mille euros par mois !

- Peut-être mais ce n’est pas une raison pour jeter l’argent par les fenêtres. Et puis par les temps qui courent, il faut penser à l’avenir, économiser.

 Avec la crise, la chute des valeurs boursières et les menaces de récession, les choses empirèrent.

- Et si nous allions manger dehors ?

- Dehors, tu veux dire au restaurant ?

- Exactement.

 Cela faisait des années que nous n’avions plus été au restaurant. La dernière fois, il m’avait fallu insister lourdement pour que Georges consente à nous emmener chez Flunch.

 J’étais déçue, bien sûr.

 Mais j’avais encore en mémoire le traumatisme de ce que Georges m’avait dit à propos de l’Armée du salut :

- Tu sais ma chérie, à une époque on y mangeait très bien pour un euro.

 Un soir de décembre où Georges avait coupé le chauffage et envisagé de fêter Noël en pull et en anorak, j’avais (enfin) compris que les choses allaient trop loin, qu’il me fallait réagir :

- Ça ne peut plus durer, Georges. Tu es malade. Il faut que tu consultes quelqu’un et que tu te fasses soigner, je t’en supplie !

 Mais Georges ne voulait rien entendre.

 Cependant, il avait blêmi lorsqu’à bout de forces et d’arguments, j’avais menacé de le quitter. Et brandi ouvertement l’hypothèse d’un divorce.

- Tu ne parles pas sérieusement ?

- Si. Je te jure que si, Georges !

 Je l’avais senti touché.

 Et j’en avais été émue.

 Jusqu’à ce que Georges ajoute :

- Tu sais combien ça coûte, un divorce ?


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