Quand j’étais jeune, je suis monté plusieurs
fois dans la voiture de Fangio* en culottes courtes. L’un d’eux m’avait
inspiré ce court récit (resté inédit) et qui pourrait s’appeler « Quarante-sept secondes » (ou
« Cojones ! »)
* Juan Manuel Fangio, sacré plusieurs
fois champion du monde en Formule 1 dans les années cinquante
Quarante-sept secondes
- Attends ! C’est rien, là. Tu sais
ce que je fais sur l’autoroute ? Hein, tu veux que je te dise ? Tu
sais ce que je fais ou pas ?!
Il était comme ça, Johnny. Volubile. En
réalité, je le connaissais à peine. De lui, je savais seulement qu’il était
l’heureux propriétaire d’une petite bombe de marque italienne. Et qu’une
réputation de dingue du volant lui collait à la peau. Ce jour-là, j’avais un
rendez-vous à l’autre bout de la ville et j’étais en retard. Johnny avait
proposé de m’emmener, j’avais accepté – première erreur. D’autant qu’il m’avait
assuré qu’avec lui, je serai à l’heure.
« Impossible ! », je lui avais dit.
Seconde erreur.
« Tu paries ? »
J’avais failli faire dans mon froc mais
j’étais arrivé à l’heure.
- Bon alors ? Tu veux que je te le
dise ou pas ce que je fais quand je me lance des défis ?
Je m’en foutais complètement mais Johnny
ne m’avait pas lâché.
- La nuit, je prends l’autoroute. D’abord
je roule tranquille, cent quarante, cent cinquante. J’attends d’être sur une
ligne droite, tu vois. Qu’il n’y ait personne devant moi. Et là, je ferme les
yeux et j’écrase l’accélérateur. Ma parole, je garde les yeux fermés, pied au
plancher et je compte dans ma tête. Un… deux… trois…
- Mais t’es dingue ! que je lui
avais dis.
- Non. J’ai des couilles, c’est tout. Parce
qu’il suffit pas d’avoir de la gueule, il faut le prouver ! La dernière
fois, tu sais jusqu’à combien j’ai tenu ?
Je n’avais aucune envie de le savoir mais
il a fallu qu’il me le dise quand même.
- Quarante-sept. Quarante-sept secondes,
mon pote ! Ma parole, quand j’ai rouvert les yeux, deux camions me
barraient le passage ! L’un était en train de doubler l’autre et je
fonçais droit sur eux. Plus le temps de freiner, j’ai donné un coup de volant
sur la droite et je suis passé à deux cent sur la bande d’arrêt d’urgence en
ripant sur le rail de sécurité, ça faisait des étincelles et tout, c’était chaud
bouillant mais je suis passé ! J’ai prouvé que j’avais des couilles !
J’ai envisagé de lui objecter qu’il y
avait bien d’autres façons de se le prouver – moins dangereuses et plus
agréables – mais Johnny était le genre de type à toujours vouloir le dernier mot,
à s’y accrocher comme un chien à son os alors je lui ai laissé et je suis parti.
De loin en loin, je l’ai encore aperçu
ici ou là, au train de claironner au comptoir d’un troquet, à se vanter de je
ne sais quel exploit irresponsable.
Puis d’un coup, Johnny a comme disparu de
la circulation.
Peut-être avait-il réussi à battre son
record, ces fameuses quarante-sept secondes.
Je n’ai jamais su.
Quarante sept secondes ou...

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