Ce matin, je me suis réveillé à l’intérieur d’une vie
qui n’était pas la mienne
une vie pleine d’histoires dont je ne connaissais rien,
emplie de visages austères et de masques geignards
ou grimaçants, dignes d’un décor
de carton-pâte
Quand des gens m’ont applaudi, j’ai compris que
j’étais sur la scène d’un grand théâtre
de plein air
et que ces personnes
respectables, assises sur leur chaise en sirotant un verre
attendaient quelque chose
de moi
J’avais sûrement un texte à apprendre
et réciter
mais dont j’ignorais tout
déjà, les premiers rangs s’impatientaient
et me lançaient de l’huile
de foie de morue, prétendument sensée me faire grandir
plus vite
quand un autre personnage est apparu
à mes côtés, sorte de zigue déboussolé
autant que moi – si cela était
encore possible
Le zigue a demandé, affamé
s’il y avait quelque chose à manger, une cuisse
de poulet ou un verre de lait
et j’ai saisi l’occasion en criant C’est lui !
Lui que vous attendiez !
et je suis
aussitôt parti
en coulisses, là où des gens pleuraient
quand d’autres buvaient ou s’embrassaient
à pleine bouche
Quelqu’un répétait que ce n’était pas
la fin du Monde mais qu’il était urgent
de revenir à des choses simples
et mettre fin au spectacle dégradant
des mendiants au coin des rues,
urgent de s’écouter enfin, se parler et s’aimer
ne serait-ce qu’un peu,
en passant
et cesser de ne voir en l’autre qu’un clown
grimaçant
et bien que ne sachant pas pourquoi,
j’avais envie de le croire

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